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Combien de loyers impayés faut-il avant une expulsion et quels délais prévoir ?

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Non, il n’existe pas de « nombre minimum » de loyers impayés avant de pouvoir engager une expulsion. Ce qu’il faut comprendre, c’est que tout se joue sur des actes précis et des délais : d’abord le commandement de payer délivré par un commissaire de justice, puis, si la dette n’est pas régularisée, la saisine du juge. Et même avec une décision favorable, l’expulsion peut être décalée par des délais légaux, ceux accordés par le juge, et la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars inclus).

La réponse qui évite les malentendus : le seuil n’est pas un chiffre, c’est une procédure

Dans les faits, beaucoup de bailleurs attendent « deux ou trois mois » par réflexe, en pensant qu’un seuil automatique déclenche l’expulsion. C’est une lecture trop rapide. La loi organise une mécanique : elle ne dit pas « à partir de X loyers impayés », elle encadre la résiliation du bail et l’expulsion par étapes.

Le point à bien avoir en tête : vous pouvez agir dès le premier impayé, mais vous ne pouvez pas expulser sans respecter la chaîne des actes (commandement, juge, commandement de quitter, et parfois concours de la force publique). Autrement dit, ce n’est pas l’ancienneté de la dette qui fait foi, c’est le calendrier juridique que vous enclenchez.

« Quand on me demande “combien de loyers”, je réponds souvent: ne raisonnez pas en mois, raisonnez en preuves et en délais. Un dossier propre fait gagner plus de temps qu’un mois d’attente de plus. »

Ce que dit la loi : clause résolutoire, commandement, juge

Le cadre principal est posé par la loi du 6 juillet 1989, notamment son article 24, qui organise la résiliation pour défaut de paiement. L’obligation du locataire de payer le loyer et les charges est rappelée par l’article 7. Ce socle explique pourquoi il n’y a pas un chiffre unique : le droit raisonne en manquement contractuel, puis en procédure.

Un terme revient sans cesse : la clause résolutoire. C’est une clause du bail qui prévoit une résiliation « automatique » si certaines conditions sont réunies. En pratique, cette automaticité est encadrée : il faut un commandement de payer, un délai laissé au locataire pour régulariser, puis, si besoin, une décision judiciaire pour trancher et organiser la suite.

Attention à un détail qui n’en est pas un : le délai de régularisation n’est pas toujours identique. Pour des baux « classiques », il est classiquement de 2 mois après le commandement de payer. Pour des baux conclus, reconduits ou renouvelés depuis le 29 juillet 2023, il est annoncé à six semaines. En pratique, il faut donc vérifier votre bail, car l’articulation dépend du contrat et de sa date.

Enfin, même quand la clause résolutoire est en jeu, le juge conserve un rôle central. Il peut notamment accorder des délais de paiement et suspendre certains effets, sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil et des mécanismes prévus par la loi de 1989.

Quand agir sans se tromper : les repères utiles dès le premier impayé

Le raisonnement est simple : plus vous attendez, plus la dette grossit, et plus votre marge de manoeuvre se réduit. Pour un propriétaire bailleur, l’objectif n’est pas de « punir » mais de reprendre la main : soit obtenir un paiement, soit sécuriser le dossier qui permettra au juge de statuer.

En pratique, une montée en charge progressive fonctionne mieux qu’un silence de deux mois. Un repère opérationnel souvent utilisé est d’envoyer une mise en demeure après environ 20 à 25 jours de retard. La mise en demeure (souvent en LRAR) sert surtout à dater la situation, à formaliser le décompte et à préparer la suite si la négociation échoue.

Vous entendrez aussi beaucoup parler de « 2 mois » ou « 2 loyers ». Ce sont des repères, mais pas le seuil magique de l’expulsion. Ils reviennent notamment dans des circuits de prévention et de signalement :

  • CCAPEX : le commandement peut être signalé si l’impayé est sans interruption depuis 2 mois ou si la dette atteint 2 fois le loyer mensuel hors charges.
  • CAF/MSA : un seuil de signalement d’impayé souvent retenu correspond à 2 fois le loyer, avec des modalités qui varient selon que l’aide est versée au locataire ou au propriétaire.

Ce que cela change concrètement : vous n’avez pas à attendre ces seuils pour agir, mais vous devez les connaître car ils peuvent se télescoper avec vos démarches et le calendrier du dossier.

La procédure d’expulsion pour loyers impayés : le parcours, étape par étape

Une expulsion pour loyers impayés suit un enchaînement relativement stable. Chaque étape sert à la fois de preuve et de « marche » procédurale. Le vrai sujet, c’est d’éviter les actes incomplets ou mal datés, qui alimentent les contestations et les renvois.

1) Relance, mise en demeure, et accord écrit si possible

Avant de judiciariser, une phase amiable est souvent tentée. Elle n’est pas seulement « gentille », elle est utile : elle produit des traces, clarifie la cause de l’impayé, et permet parfois un plan de paiement. Le point à bien avoir en tête : un accord d’échelonnement peut être utile, mais il ne doit pas vous empêcher de réagir si la dette s’aggrave.

À ce stade, vous pouvez aussi identifier les leviers : aides au logement, garant, GLI (assurance loyers impayés), Visale. Mieux vaut regarder ces éléments tôt, car certains dispositifs supposent des délais de déclaration à respecter.

2) Le commandement de payer : l’acte qui déclenche vraiment la mécanique

Le commandement de payer est délivré par un commissaire de justice (ancien huissier). C’est l’acte qui enclenche, lorsque le bail contient une clause résolutoire, le compte à rebours de régularisation. Le locataire dispose alors d’un délai pour payer ou trouver une solution.

Ce délai est classiquement de 2 mois, ou de six semaines pour des baux conclus, reconduits ou renouvelés depuis le 29 juillet 2023. Dans un bail signé à partir du 29 juillet 2023, la clause résolutoire est obligatoire, ce qui renforce l’intérêt de vérifier la date et la rédaction du contrat.

Le commandement doit contenir des mentions qui comptent dans la réalité du contentieux : le délai laissé au locataire, le montant mensuel du loyer et des charges, un décompte de dette, une information sur le FSL (Fonds de solidarité pour le logement), et la possibilité de demander des délais au juge (notamment sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil). Un acte imprécis, c’est souvent du temps perdu.

3) L’assignation et l’audience : le moment où le juge arbitre

Si la dette n’est pas régularisée dans le délai du commandement, vous pouvez assigner. L’assignation est possible au plus tôt 2 mois après le commandement lorsque ce commandement préalable est requis. Une autre borne est à connaître : le délai minimum entre l’assignation et l’audience est de 6 semaines.

Le dossier est examiné par le juge des contentieux de la protection. Il peut décider la résiliation, condamner au paiement, accorder un échéancier, et suspendre les effets de la clause résolutoire si un plan de remboursement est respecté. Dans la pratique, une audience intervient souvent dans une fourchette de 2 à 5 mois après certaines étapes, mais c’est une estimation, pas une règle légale : la charge du tribunal pèse beaucoup.

4) Après le jugement : quitter les lieux, puis exécution

Une décision favorable ne signifie pas un départ immédiat. Le jugement doit d’abord être signifié par commissaire de justice. Ensuite, un commandement de quitter les lieux est délivré. Le délai général pour quitter est de 2 mois, conformément à l’article L.412-1 du CPCE (code des procédures civiles d’exécution). Le juge peut réduire ou supprimer ce délai dans certains cas, notamment si la mauvaise foi est retenue.

Et c’est ici que le calendrier se tend : la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars inclus) empêche l’expulsion matérielle pendant cette période. En revanche, la procédure peut continuer : commandement, assignation, audience, jugement. Ce décalage explique pourquoi un dossier engagé « trop tard » dans l’année peut vous faire perdre une saison entière.

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5) Le concours de la force publique : le goulot d’étranglement final

Si le locataire reste malgré le jugement et le commandement de quitter, l’expulsion effective passe par une demande de concours de la force publique, via le commissaire de justice. Le préfet dispose d’un délai de 2 mois pour répondre. L’absence de réponse vaut refus équivalent.

Le cadre d’exécution est également borné : l’expulsion se déroule les jours ouvrables, de 6h à 21h (du lundi au samedi), hors jours fériés et hors trêve hivernale. Si un locataire se maintient dans les lieux malgré une décision, une amende de 7 500 euros est évoquée comme possible, mais elle ne change pas, à elle seule, la nécessité de faire exécuter la décision dans les règles.

Les délais à prévoir : du « minimum théorique » au calendrier réel

Pour un bailleur, la question n’est pas seulement « quand ai-je raison juridiquement ? », c’est « quand pourrai-je récupérer mon logement ? ». Entre les délais incompressibles (régularisation après commandement, délai de 2 mois après commandement de quitter, trêve) et les délais variables (audiencement, décisions, concours), l’horizon peut fortement varier.

Étape Délai repère Ce qui peut rallonger
Retard de paiement Vous pouvez agir dès le premier impayé Absence de preuve écrite, échanges non datés
Mise en demeure Repère pratique J+20 à J+25 Négociation sans écrit, dette qui s’aggrave
Commandement de payer 2 mois ou six semaines selon le bail Acte incomplet, contestations, délais accordés
Assignation puis audience Audience au minimum 6 semaines après assignation Renvoi d’audience, calendrier du tribunal
Après jugement: commandement de quitter Délai de départ généralement 2 mois (L.412-1) Délai réduit ou supprimé, ou au contraire prolongé
Concours de la force publique Réponse du préfet sous 2 mois (silence = refus) Refus ou absence de réponse, trêve hivernale
Trêve hivernale 1er novembre au 31 mars inclus Décale l’expulsion matérielle, même avec un titre exécutoire

Dans la réalité, des durées globales sont souvent observées. Sans garantie particulière, il est fréquent de se situer entre 12 à 18 mois du premier impayé à l’expulsion effective, avec des situations pouvant aller jusqu’à 3 ans selon la trêve et les délais accordés. Une fourchette globale courante est de 6 à 18 mois, très dépendante du tribunal et de la préfecture.

Ce qui suspend ou ralentit le plus souvent : délais du juge, JEX, trêve

Même quand la dette est établie, le juge peut décider d’un plan plutôt que d’une rupture immédiate. C’est souvent là que tout se joue. Sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil et des mécanismes de la loi de 1989, un échéancier peut être accordé, avec une durée maximale évoquée allant jusqu’à 3 ans. Si le locataire respecte ce plan, les effets de la clause résolutoire peuvent être suspendus.

Après le commandement de quitter les lieux, d’autres délais peuvent intervenir. Le juge de l’exécution (JEX) peut accorder des délais supplémentaires, mentionnés comme pouvant aller de 1 mois à 1 an après commandement. Et, même avec un titre exécutoire, la trêve hivernale reporte l’expulsion matérielle.

Pour un bailleur, la meilleure défense est souvent la préparation : décompte précis, historique des paiements, copies des relances et mises en demeure, et une proposition réaliste si une discussion sur un plan de paiement s’ouvre. Un dossier lisible aide le juge à décider sans renvoi.

Aides au logement et signalements : CAF, MSA, CCAPEX, FSL

Dès qu’un locataire perçoit une aide au logement (APL, ALF, ALS), certains signalements peuvent entrer dans le jeu. Le sujet est technique, mais il a un effet très concret : il structure la prévention et peut alimenter le dossier social, qui, lui-même, peut peser sur les délais et la décision.

Un repère revient : un impayé correspondant à 2 fois le loyer. Les modalités varient selon que l’aide est versée au locataire ou directement au bailleur, et selon les règles propres à la CAF ou à la MSA. Deux exemples illustrent la logique de calcul :

  • Loyer 430 euros, charges 90 euros, aide 200 euros : si l’aide est versée au propriétaire, le seuil est (430 – 200) x 2 = 460 euros. Si l’aide est versée au locataire, le seuil est 430 x 2 = 860 euros.
  • Loyer 650 euros hors charges, aide 150 euros : si l’APL est perçue par le locataire, le seuil est 650 x 2 = 1 300 euros. Si l’APL est versée au propriétaire, le seuil est (650 – 150) x 2 = 1 000 euros.

Il existe aussi une sanction évoquée en cas de non-signalement à la CAF, mentionnée à 8 010,00 euros. C’est typiquement le genre de point où il faut être carré : si vous êtes concerné, faites-vous confirmer la règle applicable à votre situation et conservez la preuve des démarches.

La CCAPEX intervient dans une logique de prévention des expulsions. Le repère de saisine, côté impayés, recoupe ce qui a été indiqué plus haut : impayé sans interruption depuis 2 mois ou dette égale à 2 loyers hors charges, notamment après commandement. Le FSL, lui, peut constituer une aide potentielle et doit être mentionné dans le commandement de payer.

À noter : deux décrets du 12 février 2026 modifient la gestion des impayés pour les bénéficiaires d’aides (APL, ALF, ALS), avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2027. Pour un bailleur, cela signifie surtout une chose : mettre à jour vos habitudes de suivi et de signalement à l’approche de cette date, sans improviser.

GLI, Visale, caution solidaire : ce que ces garanties changent vraiment sur les délais

Une garantie ne remplace pas la procédure, mais elle peut changer votre calendrier, votre trésorerie et votre niveau de stress. Le gain existe, mais il n’est pas automatique : chaque dispositif a ses délais de déclaration et ses limites.

Avec une GLI (assurance loyers impayés), la déclaration est souvent attendue sous 15 à 30 jours, et certains contrats exigent 30 jours. Une indemnisation est évoquée autour de 3 mois après le premier impayé, parfois avec rétroactivité selon les contrats. Les frais de procédure sont souvent pris en charge, mais il faut le vérifier. En durée globale, une estimation pratique souvent citée est de 6 à 9 mois.

Avec Visale, les délais de conformité sont particulièrement structurants : signalement de l’impayé dans un délai d’1 mois après apparition, lettre de relance au locataire dans les 15 jours suivant la date prévue de paiement, et acceptation de la quittance subrogative sous 15 jours. Visale couvre des loyers (selon plafonds) mais ne couvre pas les frais de justice. Côté durée globale, une estimation pratique tourne autour de 8 à 12 mois.

La caution solidaire peut permettre un recouvrement en parallèle, tout en poursuivant la procédure selon les cas. C’est efficace si la caution paie réellement. En durée, une estimation pratique évoque 9 à 15 mois. Si la caution est défaillante, vous pouvez retomber sur des horizons plus proches du « sans garantie », autour de 12 à 18 mois.

Je repense à ce bailleur qui, face à un impayé, avait tout misé sur la caution, sans formaliser rapidement la suite. Quand la caution a cessé de répondre, il lui a fallu reconstituer dans l’urgence un dossier que des relances simples et datées auraient rendu beaucoup plus fluide. Le vrai arbitrage, c’est souvent celui-ci : activer la garantie vite, sans ralentir la procédure ni perdre la traçabilité.

Les erreurs à éviter : ce qui fait perdre du temps, et ce qui peut vous exposer

Première erreur : attendre un « nombre de loyers » au lieu de suivre un calendrier d’actes. La dette s’installe, les échanges se perdent, et vous arrivez au juge avec un dossier moins lisible. Deuxième erreur : ignorer la date du bail et la mécanique 2 mois vs six semaines autour du 29 juillet 2023.

Troisième erreur, plus grave : vouloir « régler » la situation soi-même. Changer une serrure, couper l’eau ou l’électricité, intimider, sont des pratiques interdites. Le cadre pénal mentionne une exposition pouvant aller jusqu’à 3 ans de prison et 30 000 euros d’amende (référence citée : L.226-4-2). Pour un propriétaire bailleur, c’est le pire scénario : vous perdez du temps, vous vous fragilisez, et vous dégradez votre dossier.

Si vous devez reprendre la main, le chemin le plus sûr reste le plus sobre : relance écrite, mise en demeure, commandement de payer, puis juge, puis exécution dans les formes. Et si la situation sociale se tend, des relais existent (ADIL, CCAPEX, FSL, et la ligne « SOS loyers impayés » au 0 805 160 075). L’enjeu est moins de « gagner vite » que de sécuriser le dossier pour éviter les impasses, surtout quand la trêve hivernale approche.

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